Vous cherchez quelque chose ?

26 mars 2011

La troisième révolution


Nous y sommes


Par Fred Vargas

Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie
de l'humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme
sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne
vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance, nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides àl'eau, nos fumées
dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons
mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé
les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi,
nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire
qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise,
glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream,
détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs
dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion
avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes. Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution
industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie. « On est obligés de la faire,
la TroisièmeRévolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui. On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec
elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz,
d'uranium, d'air, d'eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez
avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront,
car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi ou crevez avec moi

Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même,
si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir
un délai, de s'amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que
l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire,
ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver
des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter,
laissons ce charbon tranquille
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris
dans les mines, on s'est quand même bien marrés). S'efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir
offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l'Europe,
avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une
activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –
une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement
sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas
Archéologue et écrivain

14 mars 2011

If I had my life to live over

If I had my life to live over
I would dare to make more mistakes next time.
I would relax, limber up.
I would be sillier than I have been this trip.
I would take fewer things seriously and take more chances.
I would climb more mountains, swim more rivers, and watch more sunsets.
I would, perhaps, have more actual troubles but I would have fewer imaginary ones.

You see, I am one of those people who live sanely, sensibly, prudently; hour after hour, day after day.
Oh, I have had my moments!
And if I had to do it over again, I would have more of them
Maybe I would have nothing else?
Just moments, one after another, instead of living so many years ahead of each day.
I have been one of those people who never goes anywhere without a thermometer, a hot water bottle, a raincoat, and a parachute.

If I had it to do it over, I would travel lighter on the next trip.
I would start going barefoot earlier in the spring and stay that way later in the fall.
I wouldn't make such good grades, except by accident.
I would have more sweethearts.
I would go to more dances.
I would sing more songs and play more games.
I would ride more merry-go-rounds.

I'd pick more daisies.

Don Herold